2.12.2017

Björk harcelée sexuellement par Lars von Trier (suite)

Le 15 octobre, dans un message posté sur Facebook, Björk parle des humiliations et du harcèlement sexuel pendant le tournage de Dancer in the Dark :

"Je suis inspirée par ces femmes qui, partout, prennent la parole sur les réseaux sociaux, pour parler de mon expérience avec un réalisateur danois. Parce que je viens d’un pays [l’Islande, ndlr] où l’égalité entre les hommes et les femmes est la plus respectée au monde, qu’à ce moment-là j’étais en position de force dans le milieu de la musique et que j’avais durement acquis mon indépendance, il m’est apparu de manière extrêmement claire, quand j’ai rejoint le milieu des actrices, que mon humiliation, mon infériorité et le harcèlement sexuel dont j’étais victime étaient ici la norme, gravés dans le marbre chez ce réalisateur et son équipe de dizaines de personnes qui laissaient faire et encourageaient cela.

Je me suis rendu compte qu’il était universellement accepté qu’un réalisateur puisse toucher et harceler ses actrices quand bon lui semble, et que le cadre institutionnel le permette. Quand je déclinais plusieurs fois les avances du réalisateur il faisait la tête, me punissait, et diffusait dans son équipe l’idée que j’étais l’élément perturbateur.

Grâce à ma force, mon équipe incroyable et parce que je n’avais rien à perdre, n’avais aucune ambition dans le milieu du cinéma, je me suis éloignée de tout cela et me suis reconstruite pendant des années. Pourtant, j’ai peur que d’autres actrices qui travaillent avec le même homme n’aient pas réussi à faire la même chose. Le réalisateur savait très bien à quel jeu il jouait, et je suis sûre que le film qu’il a réalisé juste après (’Dogville’, ndlr) était basé sur ses expériences avec moi. Parce que j’étais la seule à lui tenir tête et que je ne l’ai pas laissé s’en tirer comme ça.

À mon avis, il a eu des relations plus justes et plus sérieuses avec ses actrices après ma confrontation, donc il y a de l’espoir. Espérons que ce communiqué réconforte les actrices et les acteurs partout dans le monde. Arrêtons cela. Il y a une vague de changement dans le monde."

traduction par le huffingtonpost.fr

maj 1, le 16 oct. : Lars von Trier rejette les propos de Björk et déclare « Ce n’est pas le cas. Nous ne nous entendions pas, c’est un fait… D’un autre côté, elle a offert l’une des plus grandes performances que j’ai pu voir dans mes films » via Le Figaro

À cela, s’ajoute la déclaration au journal Jylannds Posten de son associé Peter Albaek Jensen, producteur au sein de leur société Zentropa : « D’après mon souvenir, nous étions les victimes, cette femme était plus forte que Lars von Trier, et moi, et notre compagnie réunis. »

maj 2, le 17 oct. : Björk poste un nouveau message sur Facebook

En suivant l’esprit de #metoo, j’aimerais tendre une main vers toutes les femmes à travers le monde en détaillant davantage mon expérience avec un cinéaste danois. C’est extrêmement difficile de révéler ce type de choses au public, particulièrement quand c’est immédiatement ridiculisé par les agresseurs. Je comprends totalement toutes les personnes qui hésitent, pendant des années parfois. Mais je pense que c’est le bon moment, ces jours-ci particulièrement, où ça pourrait participer au changement. Voilà une liste des situations qui, je pense, comptent comme des situations de harcèlement sexuel :
1. Après chaque prise, le cinéaste courrait vers moi et m’entourait de ses bras pour un long moment, devant toute l’équipe ou quand nous étions seul·e·s, et me caressait pendant plusieurs minutes contre ma volonté
2. Quand après deux mois je lui ai demandé d’arrêter ce type de comportements, il a explosé de colère et a cassé une chaise devant tout le monde sur le plateau. Comme quelqu’un qui a toujours été autorisé à tripoter ses actrices. Nous avons toutes et tous été renvoyé·e·s du plateau après cela ce jour-là.
3. Pendant tout le tournage, il y a eu de constantes avances sexuelles, chuchotées, non-sollicitées, malaisantes et paralysantes, avec force descriptions, parfois avec sa femme debout à côté de nous.
4. Pendant que nous filmions en Suède, il a menacé d’escalader le balcon de sa chambre pour venir sur le mien au beau milieu de la nuit avec une intention sexuelle claire, alors que sa femme était dans la pièce voisine. Je me suis réfugiée dans la chambre de mes amis. C’est l’évènement qui m’a finalement fait prendre conscience de la sévérité de la situation et qui m’a poussée à tenir bon.
5. Des histoires fabriquées dans la presse par son producteur qui affirmaient que j’étais difficile à gérer. Cela correspond merveilleusement avec les méthodes et l’intimidation d’un Weinstein. Je n’ai jamais mangé de chemise. Je ne suis pas sûre que cela soit même possible.
6. Je ne me suis pas laissée faire et n’ai pas accepté d’être harcelée sexuellement. On m’a ensuite décrite comme étant difficile. Si être difficile veut dire ne pas se laisser traiter comme ça, alors j’en suis d’accord.

Espoir
Brisons cette malédiction
warmth, Björk

Traduction : Riri et Benjicok

maj 3, le 25 oct. :
Communiqué de Derek Birkett, manager de One Little Indian Records, sur le site du label

I have worked with Björk for over 30 years and have never made a single statement or interview regarding our work together. This time is different.

I have read the lies written by Lars and his producer Peter about Björk – and feel compelled to speak out and put the record straight. Over the last 30 years the Dancer in the Dark project is the one and only time she has fallen out with a collaborator.

This was a result of the directors ongoing, disrespectful verbal and physical abuse which continued after both Björk and myself demanded that he stop behaving this way. Björk completed the film out of respect for the cast and everyone involved. I feel compelled to publicly speak out in fierce support of Björk in regards to her terrible experiences working with Lars Von Trier, and I back what she has said 110%.

- Derek Birkett

maj 4, le 14 nov. :
Neuf femmes accusent, à leur tour, la société de Lars von Trier de harcèlement sexuel. Dans le journal Politiken, d’anciennes employées dénoncent des pratiques inappropriées sur leur lieu de travail. Des révélations qui font écho aux propos de Björk.
Lire l’article sur Le Figaro.

maj 5, le 28 nov. :
De plus, 12 producteurs ayant participé à un workshop à Copenhague en octobre, dans le cadre d’une rencontre internationale ont publié une lettre dénonçant les propos tenus et les mises en scène à caractères sexuels : photo de pénis et de nombreuses blagues graveleuses sur le harcèlement sexuel.

Its authors also praised Björk : “Her testimony is neither trivial nor simple. It required courage and dignity. Björk freed up her voice. We, as a group of film producers, were shocked and upset by the disrespect displayed at Zentropa that night. Not least to Bjork, but to all victims of sexual harassment, assault and abuse… It’s our responsibility to lead the change in our work environments, on our film sets. We stand for zero tolerance of any form of discrimination and harassment. We stand with the victims.”

Lire la lettre sur indiewire

 
 
 

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