Rock & Folk

Un Bordel organisé

Accompagnée d’une chorale, de cuivres et de machines électroniques, l’Islandaise offrait un spectacle techno féerique.

L’Olympia, unique date française de l’année, show filmé en vue d’un DVD... S’il y avait bien un endroit où il fallait être le 25 juin, c’est au concert de Björk ! Björk en concert est toujours un évènement en soi, c’est un fait. Mais lorsque ce concert est annoncé à peine trois semaines avant sa date, de surcroît dans une salle comme l’Olympia, il prend alors des airs de mini-cataclysme prêt à chambouler les fans de la célébrissime chanteuse islandaise, et les autres aussi d’ailleurs. Des fans que Björk ne ménage d’ailleurs pas spécialement pour la tournée de son dernier album, "Volta" : une seule date en France contre une dizaine au Royaume-Uni, une salle d’une capacité de 2000 places contre un nombre de fans évidemment bien supérieur, ces mêmes places mises en vente au prix de 71,50 euros pour les moins chères et 110 euros pour les mieux lotis ... Oui, ça fait un peu mal à la tête.

Princesse inimitable

Mais pourquoi donc Björk, que l’on n’avait pas vue dans nos belles contrées depuis trois concerts en 2007 (deux aux Arènes de Nîmes, inoubliables, et un au festival Rock En Seine), n’a-t-elle pas réservé à la France le sort enviable de nos potes anglais ? C’est que cet Olympia n’est pas une date tout à fait comme les autres, puisque c’est ce soir, là que l’artiste a choisi pour immortaliser la tournée Volta sur DVD. Tout s’explique ... C’est vrai que "Björk à l’Olympia" sur une jaquette de DVD, ça va le faire ...

Connaissant la prestigieuse réputation de la salle et son acoustique irréprochable, ce concert prend tout à coup des allures de soirée extraordinaire à ne manquer sous aucun prétexte, et le DVD qui en découlera s’annonce d’ores et déjà comme très attendu. Cela dit, si assister à un concert filmé présente des avantages certains, le prestige en tête, cela présente également certains inconvénients, comme celui de voir l’artiste si concentrée sur sa voix et sa prestation qu’elle en paraît logiquement moins à l’aise que d’ordinaire. Si l’on en croit les petits chanceux ayant eu la chance de l’applaudir aussi dans la capitale anglaise, Björk s’est montrée plus distante à Paris qu’à Londres ... Qu’importe, personne ne va se plaindre. D’autant que la belle a servi un show d’excellente qualité, un joyeux bordel organisé dont elle seule a le secret, mélange de grandiose et d’intimiste, de moderne et d’ancien, de frénésie et de douceur.

Une Björk toute en dualité donc, qui déboule sur scène avec un "Earth Intruders" ravageur, planté dans une robe aux couleurs de l’arc-en-ciel et à la coupe improbable qu’elle est définitivement la seule à pouvoir porter. A ses côtés, The Wonderbrass, fanfare et chorale haute en couleur composée de dix jeunes Islandaises dont le talent n’a d’égal que l’énergie débordante et communicative.

Björk enchaîne aussitôt avec l’un de ses classiques, le magnifique "Hunter", interprété et accueilli à sa juste valeur, suivi de deux autres extraits du même album ("Homogenic"), ce qui n’est pas pour déplaire aux fans, forcément. Mais il est vrai qu’en dépit de la qualité du show, on ressent encore à ce moment, là une certaine retenue côté scène, conséquence évidente de la présence des caméras. Il faudra encore avancer un peu dans le spectacle pour assister à un véritable lâchage en règle.

La setlist fait ensuite la part belle à l’album "Medulla" (pas moins de sept titres), et c’est à mi-parcours que la diva file changer de tenue pendant que son virtuose de pianiste, Jonas Sen, se lance dans une version instrumentale plutôt remarquable de "Oceania". La belle revient sur scène pour entamer "Desired Constellation", l’air de rien, comme si personne n’avait noté qu’elle était maintenant vêtue d’une énorme robe à volants d’un rose irisé à faire pâlir de jalousie la plus décomplexée des princesses de contes de fée. Là encore, cela passe comme une lettre à la poste : là où n’importe qui aurait l’air d’une candidate à l’Eurovision sur le retour, Björk ressemble à ce qu’elle est, princesse inimitable, bouffée d’air frais.

Petit regret sur le mythique "Bachelorette", non à cause d’un petit problème de voix (amplement pardonné), mais parce que ledit problème risque fort de coûter à ce titre sa place sur le DVD, dommage. Petit regret également de ne voir débarquer aucun invité, comme Anthony Hegarty par exemple, qui apparaît sur le dernier album et que l’on aurait pu s’attendre à applaudir ce soir-là sur la scène de l’Olympia ...

Les trois derniers titres : "Hyperballad", "Pluto" et "Declare Independence" - "une berceuse avant d’aller au lit", clame-t-elle ironiquement - constituent le clou du spectacle. La chanteuse donne tout ce qui lui reste d’énergie, les Wonderbrass sont à fond, sans parler de Damian Taylor qui s’éclate comme un gosse sur ses machines, le tout sur fond de pyrotechnie et lights à gogo. Au final, on assiste à un spectacle que l’on situerait entre le bal et la rave. Un spectacle grandiose en somme. *

Alyz Tale

publié dans Rock & Folk - 01.08.2008

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