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Björk Digital : intimité virtuelle

Visionnaire et ambitieuse, Björk se réinvente avec l’expo immersive Björk Digital, qui s’installe à Montréal dans le cadre de la Red Bull Music Academy.

L’innovation visuelle a toujours été au cœur de l’œuvre de Björk. Ses vidéoclips, réalisés par des cinéastes de marque comme Spike Jonze et Michel Gondry, ont d’ailleurs alimenté sa popularité à travers les décennies.

Mais l’artiste islandaise voulait depuis longtemps aller au-delà du format standard.

Fascinée par les nouvelles technologies, elle a entrepris la création d’une plateforme multidisciplinaire au tournant de la décennie actuelle. Libérée de tout contrat de disques, elle a accompagné la sortie de son septième album Biophilia (2011) d’une application. Sur cette dernière, chacune des 10 chansons de l’album était transformée en mini-jeu interactif dans lequel l’utilisateur pouvait interagir avec les sons. Acclamée, Biophilia est devenue, en 2014, la première application à être incorporée à la collection permanente du MoMA.

C’est d’ailleurs à la demande du célèbre musée que Björk a créé la vidéo immersive Black Lake, rampe de lancement de son album suivant Vulnicura paru en 2015. Montrant la chanteuse se lancer dans une sombre cave volcanique islandaise, le film créé par le réalisateur émérite Andrew Thomas Huang a touché Paul Clay, producteur exécutif du Festival international de Manchester. « C’est une œuvre de 10 minutes vraiment puissante qui exprime avec une intensité rare la rédemption émotionnelle », explique le Britannique, joint par téléphone.

C’est notamment lui qui a mis en place Björk Digital, de concert avec la chanteuse islandaise. En plus d’inclure la vidéo Black Lake, l’application Biophilia et une projection de tous les clips de l’artiste, l’édition montréalaise de l’exposition itinérante (qui a préalablement pris place à Sydney, Tokyo et Londres) propose quatre autres expériences en réalité virtuelle (VR), en lien avec quatre chansons de Vulnicura.

Sur la plage et dans la bouche

On y retrouvera notamment Stonemilker, également réalisée par Huang. « C’est une œuvre en 360 degrés dans laquelle on voit Björk chanter en se promenant sur une plage. Les paysages sont magnifiques, et l’expérience est très intime. On a vraiment l’impression d’être avec elle sur le bord de l’eau », résume Clay.

Dans un décor tout aussi dépaysant, Mouth Mantra propose un autre voyage exceptionnel. Élaborée par le talentueux Jesse Kanda, cette œuvre permet au public d’expérimenter les mouvements oraux de la chanteuse. « Des caméras ont été placées à l’intérieur de sa bouche lorsqu’elle chante », explique le producteur. « Ça donne quelque chose de fantastique, mais surtout de très intense. »

Amputée de Notget, une performance montrant la chanteuse transformée en « papillon géant numérique », l’édition montréalaise de Björk Digital comprendra en revanche Quicksand, une spectaculaire prestation en 360 degrés filmée au musée Miraikan de Tokyo, et Family, une vidéo qui capte « le voyage métaphysique de la guérison d’une blessure au coeur ». Présentée en avant-première internationale à Montréal, cette dernière oeuvre met en vedette le sublime avatar virtuel de la chanteuse.

Fondatrice et directrice du Centre Phi, qui coordonne l’expo en collaboration avec DHC/ART, Phoebe Greenberg est plus qu’enthousiaste à l’idée de recevoir cette exposition novatrice avant tout le monde en Amérique du Nord. « Au départ, des programmateurs de la Red Bull Music Academy nous ont proposé une conférence avec Björk. On aimait l’idée, mais on voulait élargir l’expérience », explique-t-elle. « Puisqu’on s’intéresse depuis longtemps à la réalité virtuelle au Centre Phi, on a décidé d’aller de l’avant avec Björk Digital. »

Rassemblés par groupe de 25, les visiteurs déambuleront d’abord dans la portion réalité virtuelle, avant d’expérimenter l’application et de se mouvoir vers la salle de projection des vidéoclips.

Repousser les limites

Évidemment, une exposition d’une telle ampleur nécessite beaucoup de préparatifs. Le mois dernier, Phoebe Greenberg a d’ailleurs dû se rendre au Somerset House de Londres pour s’imaginer plus concrètement la forme que prendra l’expo au DHC/ART.

Consciente du défi que l’installation nécessitera, la directrice se dit surtout impressionnée du résultat : « J’ai été très émue… Émue de voir comment elle était capable de s’exprimer et d’émouvoir avec une telle technologie. Je comprends pourquoi les réalisateurs et les metteurs en scène sont aussi excités de travailler avec elle. »

Durant une conférence de presse, toujours à Londres, Greenberg a même eu la chance de rencontrer Björk dans sa version virtuelle – la même qu’on verra à l’œuvre dans Family. « Son avatar était vraiment émouvant », raconte-t-elle, précisant que la chanteuse parlait et réagissait en temps réel à partir de son patelin islandais. « On a senti sa présence… J’étais très étonnée de voir qu’il était aussi réaliste. »

Côtoyant régulièrement la « vraie » Björk, Paul Clay se dit encore et toujours ébloui par son esprit créatif : « Je trouve ça fascinant qu’elle soit constamment en train de repousser les limites de son art. En fait, elle est toujours à la recherche de nouvelles avenues pour se défier et défier son public. Avec Digital, elle explore des façons inédites de présenter son art. Ce que j’aime beaucoup, c’est qu’elle ne se préoccupe pas de savoir si ce sera un succès ou non. En tant que producteur, c’est un défi stimulant. Tout ce que j’ai à faire, c’est de la supporter à travers tout ce cheminement. »

Après Montréal, l’exposition va s’arrêter à Houston, puis fort possiblement à Paris et Reykjavik. Dans un avenir plus ou moins rapproché, les trois autres chansons de Vulnicura (Lionsong, History of Touches et Atom Dance) bénéficieront elles aussi d’une œuvre en réalité virtuelle.

Bref, Björk Digital n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Olivier Boisvert-Magnen

publié dans voir.ca - 13.10.2016

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