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21 juillet 2015

Paris Match

Hier soir à Lyon… Björk

L’excentrique chanteuse Björk donnait lundi un concert captivant à Lyon.

Imaginez les Rolling Stones déboulant sur scène et jouant… les six premiers morceaux de « A bigger bang », leur dernier album studio en date, puis enchaînant avec les titres les moins connus de « Tatoo you » et de « Dirty Works ». Et terminant avec une version dépouillée de « Wild horses ». La pilule serait dure à avaler… Hier soir à Lyon, pour son premier concert en France depuis 2013, la divine Björk a pourtant joué la carte de l’exigence. L’islandaise aime être là où ne l’attend pas, et vient surtout de publier en janvier dernier « Vulnicura » un disque retraçant l’histoire de sa rupture avec son compagnon de longue date, l’artiste Matthew Barney. À sa demande, le concert démarre tôt, un orchestre de 15 cordes prenant place à 20H45 sur la scène du théâtre antique de Fourvière, vite suivi du percussionniste Manu Delago et du Dj, Arca.

Björk apparaît enfin vêtue d’une sublime robe jaune et d’un masque blanc recouvrant intégralement son visage. « Stonemilker » suivi de « Lionsong » puis de « Black Lake » lancent les débats. Le ton est vite donné : Björk n’est pas là pour faire la fête mais bien pour effectuer une thérapie en public. Ses textes racontent l’usure de l’amour, le désespoir d’être abandonnée et l’on sent dans sa voix une fêlure touchante, surtout pas cynique.

Musicalement, les chansons multiplient les cassures de rythme, les accélérations de tempos pour ensuite mieux calmer le jeu. Les projections vidéos évoquent la nature, chère à la chanteuse, mais aussi l’animal mutant, sortant de sa larve, explosant de son cocon. Le message ne pourrait être plus clair. Les 45 premières minutes du concert, entièrement consacrées à « Vulnicura » donc sont tout simplement sublimes et sont ponctuées d’un feu d’artifice à la fin de « Notget », qui terrasse les 4 200 spectateurs.

La deuxième partie du show ne retrouvera hélas pas cette même intensité. La faute à un choix de chanson compliqué, Björk ayant décidé de ne chanter aucun « tube ». Alors oui elle va fouiller dans les profondeurs de son répertoire, et fait davantage plaisir aux puristes qu’au grand public. Mais, comme Arca nous l’expliquera après le concert, « elle considérait cette soirée comme un show à part entière, ce n’est pas comme si nous avions joué devant 50 000 personnes dans un festival et qu’il fallait envoyer les chansons connues pour plaire. Non, ce soir nous étions davantage concentrés sur la musique ». Cela signifie donc qu’il faut une vraie concentration, une écoute réelle, les titres lents étant souvent portées par le travail des cordes et par la voix de Björk. Alors oui bien sûr « Come to me », « One Day » sont des chansons rares, qu’elle interprète avec la même fougue que celles de « Vulnicura ».

Sur les titres les plus douloureux, Björk s’installe même en fond de scène, le masque qu’elle arbore lui permettant de ne pas montrer sa peine. On hésite à s’ennuyer quand des morceaux plus accrocheurs (« Wanderlust » ou « Mouth Mantra ») suivis d’un deuxième feu d’artifices réveillent un public totalement captivé. Björk se permet donc la fascination au bout de l’ennui certes, mais cherche surtout la remise en question permanente, le souci musical constant, le tout avec la classe folle qu’on lui connaît.

La presque quinquagénaire file en coulisses au bout d’une heure quarante de show, sous les acclamations méritées de Fourvière. Certains artistes semblent être condamnés à répéter inlassablement les mêmes formules depuis plusieurs décennies. Hier soir à Lyon, on ressortait du concert avec une question en tête : où nous emmènera-t-elle dans 25 ans ? Et c’est pour cela qu’on l’aime encore tant.

(ndlr. corrections titres des chansons)

par Benjamin Locoge publié dans Paris Match