Chris Cunningham
 
 

Rôle

Chris Cunningham

 

Né en 1970 à Reading en Grande Bretagne, Chris Cunningham a grandi à Lakenheath dans le Suffolk. Adolescent, il réalise dans son garage ses premières vidéos expérimentales et s’exerce à imiter les effets spéciaux des films d’horreur. « Lorsque j’étais jeune, tout ce qui touchait à la technique me passionnait. Même si je prenais du plaisir à regarder des films, ce qui m’intéressait vraiment était de découvrir la manière dont ils étaient fabriqués. » [9]

Ses débuts

Alors qu’il s’apprête à passer son bac, il sèche les cours pour aller présenter son portfolio aux Studios Pinewood près de Londres. Le réalisateur Clive Barker est en train d’y réaliser un film d’horreur, accompagné d’une équipe très jeune. Il engage Cunningham à la réalisation des effets spéciaux ; il y travaille pendant deux ans.

« À 17 ans, je fabriquais les monstres des films d’horreur de Clive Barker. j’ai travaillé aussi pour Spitting Image (l’équivalent anglais des Guignols de l’info) où je sculptais des marionnettes de personnalités telles que Mick Jagger ou encore l’actrice Thora Hird. Puis, j’ai travaillé sur Alien 3 de David Fincher ».

2000AD comic« Je souhaitais améliorer ma technique de dessin, aussi j’ai passé du temps à dessiner des bandes dessinées, notamment pour 2000AD - et en particulier dans le cadre d’un numéro spécial Judge Dread sous le pseudonyme de Chris Halls. » [10]

Son adaptation de Judge Dread est remarqué par le réalisateur Danny Cannon qui l’engage pour travailler sur les effets spéciaux de l’adaptation cinéma du comic. Cette collaboration le conduit à travailler sur le film&nbps;A.I., ensuite repris par Steven Spielberg. En effet, Stanley Kubrick a été mis au courant de son travail sur Judge Dread, par l’intermédiaire du directeur artistique qui avait travaillé avec lui sur Shining.

« C’était une période très déprimante pour moi : j’avais conscience d’avoir le travail qui me correspondait le mieux, et pourtant il ne ressemblait pas à l’idée que je m’en étais faite. C’est là que j’ai commencé à écouter la musique d’Aphex Twin en boucle, en prenant des tonnes d’acides. Cette période a été décisive et m’a conduit à découvrir de nouveaux domaines d’intérêt, comme la mode et la photographie. » [11]

Les vidéo clips

Autechre - Second Bad Vilbel Squarepusher - Come my Selector Aphex Twin - Come to Daddy

Aphex Twin - Come to Daddy Aphex Twin - Windowlicker Portishead - Only You

Chris Cunningham se fait véritablement connaître pour son travail de réalisation sur les clips. Sa rencontre avec les membres d’Autechre en 1995 est décisive. Il réalise pour le duo le plus visionnaire de l’écurie Warp son premier clip, Second Bad Vilbel, qui est très vite remarqué pour son originalité et diffusé en boucle sur MTV. Il débute alors une collaboration de longue durée avec le label anglais pour lequel il réalise les vidéos de Jimi Tenor, Squarepusher (Come On My Selector - 1998) et plus particulièrement d’Aphex Twin (Come To Daddy - 1997, Windowlicker - 1998).

La vidéo de Come To Daddy est un succès à la fois en Europe et aux États-Unis et remporte six prix dont deux prix d’argent en 1998 aux D and AD Awards. « Chris est la seule personne avec laquelle je ne me lasse jamais de travailler », confesse Aphex Twin.

Madonna - Frozen Leftfield - Afrika Shox Placebo - 36 Degrees

Ce succès lui ouvre la porte vers des collaborations avec des artistes plus connus comme Portishead pour qui il réalise le clip de Only You. Entre 1996 et 2017, il réalise en tout une trentaine de clips pour des artistes variés comme Madonna, Leftfield, ou encore Björk pour qui il réalise, en 1999, le clip de All is Full of Love.

Collaboration avec Björk

C’est avec un livre de Kama-Sutra sous le bras que Björk rencontre Cunningham afin de réaliser la vidéo du dernier single issu de l’album Homogenic, All Is Full of Love. L’idée est de représenter le sexe en faisant appel au savoir-faire robotique du réalisateur. A l’origine, la vidéo doit se conclure en plein surréalisme, en associant des images réelles à des graphismes 3D, ouvrant ainsi la porte à des plans-séquences plutôt explicites. Mais le duo préfère s’en tenir à d’ingénieuses évocations. Au final, la collaboration avec Björk est celle dont Chris Cunningham se dit le plus satisfait. Un enthousiasme relayé par de nombreuses récompenses, dont un 2e prix Imagina (Prix Pixel-INA) pour le scénario. [12]

Björk - All Is Full Of Love « Björk est l’une des rares artistes avec l’image desquelles on peut jouer sans que cela l’ennuie : à l’inverse, elle sait tirer profit de son image de caméléon. J’avais cette idée en tête lorsque nous nous sommes rencontrés, pour moi c’était une opportunité à ne pas manquer. Elle m’a envoyé des dessins du Kama Sutra, et je savais qu’elle voulait également travailler sur l’intelligence artificielle. Je me suis alors rendu compte que j’étais fasciné par les robots depuis longtemps, et que ce clip était l’occasion de réaliser quelque chose de pornographique, ou plutôt de sexy et suggestif, sans que cela soit censuré, en mettant des robots en scène, tout en permettant que Björk y participe. Au final, on voit un robot qui semble chanter doucement pour lui-même. La chanson est très calme, et les images essayent de s’y adapter.

Björk - All Is Full Of Love Björk - All Is Full Of Love Björk - All Is Full Of Love

Installations vidéos et publicités

Publicité Nissan Publicité Playstation Publicité Levis

Chris Cunningham ne se contente pas de réaliser des clips pour des musiciens, il est aussi l’auteur de publicités et d’installations vidéo comme Monkey Drummer, qui met en scène un singe-robot jouant de la batterie.

Monkey Drummer - Chris Cunningham Flex - Chris Cunningham Quiet - Chris Cunningham

Rubber Johnny

Rubber Johnny - Chris Cunningham Rubber Johnny - Chris Cunningham Rubber Johnny - Chris Cunningham

Rubber Johnny - Chris CunninghamEn 2005, sort le court-métrage Rubber Johnny, dans lequel il interprète le rôle principal, celui d’un enfant mutant hyperactif, enfermé dans une cave avec son imagination fiévreuse et son chien terrifié pour seul compagnon. Pour ne pas s’ennuyer dans le noir, il s’amuse à se transformer. Il aura fallu 4 ans au vidéaste pour penser, réaliser, monter ces six minutes basées sur une composition d’Aphex Twin (Afx 237 v.7, paru sur l’album Druqks)

Après Monkey Drummer et Flex 2000, c’est la 3e fois que Chris Cunningham utilise une composition d’Aphex Twin pour ses œuvres.

L’envie de long métrages

Il a travaillé sur plusieurs adaptations à l’écran notamment celle du livre Neuromencien de William Gibson et ou Ranxerox, la BD de Liberatore qu’il a finalement abandonnées, souhaitant écrire son propre scénario afin, dit-il, d’imposer son style.
Aucun des projets de long-métrage de Cunningham n’a pour le moment abouti et aucun futur projet n’a été dévoilé.

Un artiste polyvalent

The Work of Director - Chris Cunningham En plus de toutes ces activités, Chris Cunningham est également aquarelliste, sculpteur, peintre et photographe. Ses dessins et photos sont, pour partie, visibles dans les livrets des DVD The Work of Director Chris Cunningham et Rubber Johnny.

L’univers de Cunningham

Son univers est plutôt sombre voire cauchemardesque. On y croise des créatures inquiétantes, comme dans Come to Daddy, ou des personnages au sourire angoissant (le fameux masque représentant Richard D. James). Deux thèmes ressortent essentiellement de ses vidéos : l’anatomie humaine (Engine, publicité pour Nissan, Rubber Johnny ou Mental Wealth, publicité pour la playstation) et les machines (Second Bad Vilbel de Autechre ou Monkey Drummer). Le clip de All is Full of Love combine ces deux thèmes.

L’une des spécificités du travail de Cunningham est son attachement au rythme et au détail. Ainsi, le clip de Come on My Selector de Squarepusher, met en scène un personnage montant des escaliers au moment même où la mélodie est constituée d’une succession de notes montantes.

Cunningham dit trouver ses idées en marchant dans la rue ou en écoutant de la musique. "« Parfois un son dans une musique déclenche chez moi un souvenir ou un rêve qui lance le processus..." Pour Come to Daddy, Chris Cunningham a utilisé sa propre expérience : adolescent, il se faisait poursuivre par des enfants plus jeune que lui et qui le terrorisait. Ainsi retrouve t-on dans le clip des enfants au visage d’Aphex Twin qui terrorisent tous ceux qu’ils croisent. »

Sa relation avec ses œuvres

Cunningham a rarement confiance en la qualité de ses projets. Très anxieux du résultat de son travail, il ne veut pas connaître l’avis des autres personnes. Une fois fini, il trouve toujours une partie ratée qu’il aurait dû refaire. Quand on lui demande pourquoi seulement une dizaine de clips figurent sur le DVD The Work of Director alors qu’il en a réalisé une vingtaine à sa sortie, il répond que les autres sont des "merdes absolues"... Ainsi déclare t-il : "C’est rare que je réussisse à réaliser pleinement ce que je voulais. A une plus ou moins grande échelle, mes vidéos ne sont qu’une approximation de ce que j’avais en tête"

Toujours à propos de son travail, il se dit assez énervé lorsqu’une idée qu’il a eue est reprise par la suite. Ainsi, il a critiqué sévèrement le film I:robot dont les robots ressemblent étrangement à ceux du clip de All Is Full of Love...
« On dit que je suis supposé en être flatté, mais ce n’est pas le cas. Je suis tout simplement dégoûté. Ce qui est frustrant, c’est que ces copieurs touchent un plus large public que moi, du coup, il y aura toujours quelqu’un pour dire que c’est moi qui ai copié. Je n’apprécierais pas que quelqu’un vienne me voir en disant "Le robot dans le clip que tu as fait pour Björk, tu l’as copié sur celui de I :Robot, non ?". Le problème, si l’on trouve une bonne idée et que tout le monde s’en inspire, cette idée devient représentative d’une année, les gens s’en lassent, et on te met dans une case pour cette seule idée. »

Ses influences

« La trilogie Star Wars est une influence majeure. Tous ces costumes blancs sur un fond noir, ça a tellement de classe... Par contre, ce qu’ils en ont fait ensuite avec la réédition en 1997 est un crime. »

Quant à Kubrick, j’ai commencé à travailler avec lui à l’âge de 23 ans mais cela ne m’a pas intimidé. Je traversais un stade au cours duquel j’étais surtout préoccupé par mes propres idées. J’avais la tête ailleurs (cf. période Acide). J’ai toujours aimé son travail, mais je ne suis pas un fan hardcore. La première fois que j’ai vu Shining et Orange Mécanique, j’avais 18 et 19 ans. Le seul film de lui que j’ai vu enfant était 2001, l’Odyssée de l’espace.

Cunningham considère Blade Runner de Ridley Scott comme quelque chose d’ « énorme ». « J’avais vu des images tirées du film dans des magazines, mais elles ne m’avaient alors pas interpellé - peut-être parce que j’avais grandi avec Star Wars depuis mes 7 ans, et que Blade Runner n’avait pas l’air aussi technique. Quand je l’ai vu en vidéo, j’avais alors 12 ou 13 ans, c’est devenu instantanément mon film préféré. D’un point de vue visuel, ce film ne m’a pas du tout influencé. En fait, mon univers esthétique est radicalement opposé à celui de Ridley Scott. Mais ce qui caractérise son travail dans Blade Runner et Alien et qu’il multiplie des détails et créée de toutes pièces un monde dense et complexe.

J’aime lorsque les choses sont réduites au strict minimum. J’ai grandi dans les plaines nues du Suffolk, juste à côté d’une base aérienne. Le contraste entre les grandes étendues désertes et le bourdonnement constant des moteurs des F-111 a eu sur mon travail une influence majeure ».