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Björk , écho système

 

La diva pop sort lundi « Biophilia », un projet hors norme qui, sur une trame ésotérico- écolo, englobe un album, une tournée mondialeet des applications numériques.

Cela commence à faire un bail que Björk a abjuré tout esprit de compétition tubesque. A cet égard, autant prévenir l’auditeur(trice) désinvolte qu’il est globalement inutile de traquer la moindre trace de single dans Biophilia, son tentaculaire projet 2011(-2014). Formulé encore plus prosaïquement, on dira que l’icône nordique ne vend plus beaucoup de disques – ce qui aujourd’hui n’a rien d’exceptionnel, convenons-en–, mais que cela n’altère en rien (au contraire ?), le crédit à peu près intact dont elle continue à jouir de part et d’autre des mers et océans.

Personnalité islandaise la plus célèbre de ces deux mille dernières années, la quadragénaire n’a pas fini de captiver, collectionnant les critiques élogieuses à chacune de ses trouvailles artistiques (sachant qu’elle méprise la rubrique people) et, que ce soit devant quelques dizaines de personnes à la Sainte-Chapelle (2001) ou dans des enceintes maousses (Bercy, 2003), faisant encore courir le Tout-Paris. Ou Manchester, où on la découvrait en première mondiale début juillet, dans le cadre du prestigieux MIF (Manchester International Festival). Ou Reykjavík, où elle sera en résidence dans une semaine. La prochaine apparition française de la star est fortement envisagée pour le printemps 2012. A condition de dénicher l’endroit adapté à l’extravagance mûrement pensée de ses desseins actuels... ce qui confine peu ou prou à la gageure. En gros, une salle de taille modeste, où elle jouerait plusieurs soirs, plus un dispositif en inadéquation avec les configurations usuelles – accessoirement, le coût de la tournée est élevé et, pour équilibrer, il ne faudrait pas que les billets atteignent des prix trop vertigineux...

Tout ça pour Biophilia, saga multimédia, aimablement concernée et boboïsante qui scelle le come-back de la chanteuse sur tous les fronts – d’autant moins dégarnis que son look scénique se caractérise par la plus horripilante des tignasses rousses léonines.

CHEF DE CORDÉE.

Le socle de Biophilia repose sur dix chansons dont les titres résument avec une certaine exactitude l’humeur environnementalo-ésotérique : Moon, Thunderbolt, Crystalline... et ainsi de suite jusqu’au Solstice d’étai, qui plie l’odyssée. La traversée prend cinquante minutes, une durée somme toute moyenne pour un disque ; mais puissamment évocatrice (une bande-son d’Avatar au pays des trolls ? un shopping au Vieux Campeur avec Danny Elfman ?). Elle présente un relief escarpé où, derrière la chef de cordée, s’active une délégation réduite d’artisans brevetés des temps modernes – de la harpiste américaine expérimentalo-jazzy Zeena Parkins, au ponte anglais complice de la scène électronique, Matthew Herbert.

Histoire de faire bonne démesure, Biophilia se singularise aussi par l’usage d’instruments créés de toutes pièces pour l’occasion : un hybride gamelan-celeste (contracté en « gameleste » néologique), une basse reliée à un Tesla coil (résonateur) ravivant la mémoire de l’inventeur des XIXe et XXe siècles Nikola Tesla, des pendules-harpes en bois de 2 mètres... Le tout formant une joyeuse brocante rétro-futuriste, attraction majeure des concerts que le public s’en vient photographier à l’issue des shows, comme s’il était en virée au musée (Libération du 2 et 3 juillet). Björk n’étant pas pour rien la compagne de Matthew Barney, tycoon de l’art contemporain, elle apparie ses nouveaux airs à autant de déclinaisons visuelles scintillant au firmament de l’initiative high-tech. Le cinéaste Michel Gondry (Crystalline) et les coqueluches modeuses Inez et Vinoodh et M/M (Paris) (Moon) ont mis la main à la pâte pour modeler les deux premiers clips.

MIGNARDISES.

Moins entendu, la chanteuse franchit aussi un cap innovateur en lançant dix applications incluant pour chaque chanson concernée « un aspect scientifique et musicologique », où l’on peut tantôt déambuler à l’intérieur de tunnels débouchant dans une nébuleuse, tantôt goûter la prose de l’auteur Sjon Sigurdsson. A condition bien sûr, de transiter par l’iPhone ou l’iPad, seuls supports habilités à lire ces mignardises, qui aujourd’hui n’existent qu’au nombre de quatre, les six autres sortant lundi en même temps que le CD.

Par chance, pour les moins bien équipés, un volet pédagogique est aussi prévu à travers des interventions en milieu scolaire. Même les rêves atteignant leurs limites, à Manchester, ce n’est pas Björk qui enfilait la blouse de prof, mais Nikki Dibben, une « simple » musicologue prosélyte.

Gilles Renault

publié dans Libération - 06.10.2011

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